___ 👥 📖 __________________________________________________________________________
☕ 17 juillet 2012 : 14ème séance des rendez-vous littéraires de Royan
" Un roman sur le sable "
Lire la suite de ☕ 17 juillet 2012 : 14ème séance des rendez-vous littéraires de Royan
___ 👥 📖 __________________________________________________________________________
☕ 26 juin 2012 : 13ème séance des rendez-vous littéraires de Royan
Zola - Cézanne, histoire d'une amitié brisée, conférence de Laurence Chancorle prolongée d'une promenade-lecture "Sur les pas de Zola à Royan",
Lire la suite de ☕ 26 juin 2012 : 13ème séance des rendez-vous littéraires de Royan
___ 👥 📖 __________________________________________________________________________
☕ 29 mai 2012 : 12ème séance des rendez-vous littéraires de Royan
Beauvoir - Sartre, le défi du couple libre : chimère douloureuse ou victoire de l'esprit, invité : René Rampnoux, auteur de "Sartre, pas à pas",
Lire la suite de ☕ 29 mai 2012 : 12ème séance des rendez-vous littéraires de Royan
___ 👥 📖 __________________________________________________________________________
🔖 Alain Wagneur : Djoliba, fleuve de sang (éditions Actes Sud, 2010)
Alain WAGNEUR
Djoliba, fleuve de sang, ACTES SUD, 2010
Deuxième partie, Bamako
Chapitre 27
"Arrivé à l'avenue, Richard arrêta un taxi, une R 9 au parebrise fissuré et à la porte du conducteur fermée par une ficelle. Il discuta le prix de la course parce que le type lui demandait le double du prix indiqué par le patron de l'hôtel comme étant le tarif normal d'une course. Ils s'entendirent pour mille CFA et Richard embarqua dans la bagnole qui n'avait plus d'amortisseurs, qui n'avait plus grand-chose d'une voiture à vrai dire, mais tout de même un moteur, des roues, un arbre de direction et un volant et ça suffisait bien comme ça. A se demander pourquoi là-haut, dans le Nord, très au nord, on faisait tant d'histoires avec les contrôles techniques. Le taxi entra dans les remous d'une circulation bouillonnante et colorée, euphorisante. Et s'imposa à l'esprit du flic le titre d'un livre de René Dumont que leur avait conseillé Claude Parvillier lors d'un de ses cours : L'Afrique noire est mal partie. Et Parvillier leur avait répété la réponse de Senghor : « L'Afrique noire est peut-être mal partie ... Il n'empêche, elle est partie. »
Et c'était vrai. Le chauffeur toussait, la Renault brinquebalait mais, cahin-caha, ça avançait. Ils étaient arrivés sur le pont des Martyrs, franchissaient le Niger. Oui, le Niger ! Et c'était autre chose que la Seine ou la Gironde, le Niger. Presque aussi bien que l'Oubangui en tant qu'évocation de grands voyages exploratoires, appel à toutes les rêveries d'exotisme. Le Niger donc, très large et bordé sur sa rive d'une tentative de skyline.
Le fleuve franchi, ils pénétrèrent dans la ville par le square Patrice-Lumumba, un martyr de la cause africaine et qui rappelait à Zamanski des photos dans les journaux et des reportages télé de sa petite enfance."
201 - 202
___ 👥 📖 __________________________________________________________________________
🔖 Alain Wagneur : Hécatombre-les-bains (éditions Babel Noir, 2008)
Alain WAGNEUR
HECATOMBE-LES-BAINS, Babel Noir, 2008
« Blainville était organisée à partir du front de mer d'où partaient deux axes principaux allant vers le marché et la gare. C'est ce qu'expliquait le dépliant touristique que Zamanski avait pris à l'accueil de l'hôtel. La ville avait été détruite pendant la guerre mais grâce au dynamisme de ses habitants elle s'était bien vite relevée de ses ruines pour devenir une station balnéaire moderne ouverte à la jeunesse et au monde. En effet Blainville s'était dotée d'un centre d'apprentissage des langues (le CIEL pour centre international d'étude des langues) où jeunes et moins jeunes de tous les pays d'Europe venaient s'initier ou se perfectionner dans la pratique des langues étrangères. Cette ouverture aux autres pays s'exprimait également par les nombreux jumelages, avec Eiligstadt en Allemagne, Strenton-on-Tyne en Angleterre, Olivenza en Espagne et Poltava en Ukraine.
Le front de mer était constitué de deux longs bâtiments disposés en arcs de cercle. Le dessin des pilastres supportant une coursive située à l'étage et peinte en rouge vif pouvait évoquer une composition de Piet Mondrian, c'est ce que disait le dépliant.
Une composition à la Mondrian ? Façon de dire que l'ensemble était géométrique à l'excès, systématique, et froid. Les rez-de-chaussée étaient occupés par une tout aussi ennuyeuse succession de magasins de souvenirs, de mode balnéaire et de restaurants offrant des formules touristiques, plateaux de fruits de mer, pizzas et bavettes à l'échalote. Il y avait aussi deux cinémas qui participaient à l'impérialisme culturel américain en version française. La plupart des magasins étaient fermés mais quelques restaurants servaient de rares dîneurs.
C'était donc ça la perche que lui avait tendue le camarade Delarive. Zamanski allait devoir faire avec. La nuit était tombée. Soudain, seul au milieu du trottoir, devant une boutique aux vitrines aveuglées, il se sentit perdu. Un haut-parleur diffusait du bruit genre NRJ. Un jeune couple en escapade amoureuse le dépassa. Zamanski ne savait plus quoi faire. Personne à voir, nulle part où aller sinon cette chambre d'hôtel où ne l'attendait même pas le sommeil. Il pensait à Véra. Là où elle était, elle aussi devait se sentir bien seule, elle devait avoir froid, le froid des morts. Lui, il se sentait vide, un vide atroce. Il entra dans une brasserie pour tenter de le combler. »
146 - 147
___ 👥 📖 __________________________________________________________________________
🔖 Olivier Mony : Du beau monde (éditions Le Festin, 2011)
Olivier MONY
Du Beau Monde, Editions le Festin, 2011
LE MEILLEUR D'ENTRE NOUS
"Un jour de 1986, depuis New York où il exerce les fonctions d'attaché culturel à l'ambassade de France, Frédéric Berthet écrit à Roland Barthes : "Cher Roland, je n'ai pas grand-chose à vous apprendre de nouveau depuis que vous êtes mort ̶ mon Dieu, cela fait six ans déjà ... Pour nous ici, le temps passe vite (...) Et pour vous ? Ce doit être complètement différent. Au fond, vous êtes devenu comme un personnage de roman (...). D'une certaine façon, voyez-vous, je suis comme l'inconscient : je n'arrive pas à croire à la mort. Ni à la vôtre, ni à la mienne. Je crois au deuil, comme la péripétie la plus terrible qu'un être humain puisse endurer. Je crois à la solitude, au vide laissé par une personne aimée : "comme la foudre", disait Malraux. Nous reparlerons de tout cela de vive voix, lorsque je serai mort à mon tour. Merci pour tout. Ne m'oubliez pas. Votre ami. FB"
Cette lettre, non envoyée faute de connaître l'exacte franchise postale pour l'enfer, le paradis ou le purgatoire, est l'une des perles qui voguent comme autant de bouteilles à la mer sur l'océan de la correspondance de Frédéric Berthet¹. Pour un type qui avait tant lu, pour un type si doué, Berthet n'a pas tant écrit. De livres tout au moins (de son vivant, un roman, deux recueils de nouvelles, une farce et un récit ; c'est-à-dire une paille, ou plutôt, dans le souvenir fervent de ses lecteurs, huit ans après sa mort, un sparadrap, comme celui dont le capitaine Haddock ne parvient à se défaire ...), parce que, de lettres, de cartes postales, de post-it, il ne fut pas avare. Il passait même à leur rédaction tout le temps laissé par ses principales occupations : jouer au tennis, pêcher à la ligne, tomber amoureux et ne pas écrire les très grands livres dont chacun le savait capable. Hormis sa sortie, Berthet a tout raté. Sa vie, son œuvre. Mais ce ratage est sublime de beauté et ne compte pas d'équivalent dans la littérature française de ce temps (un peu son ami Echenoz, tout de même, même désespoir dénué de poses, mêmes ricanements de gamins apeurés).
Ici, Berthet écrit. A Marcel Pagnol et Jean-Paul Sartre tout d'abord, pour les inviter en son lycée lyonnais. Puis, trente ans durant (1973-2003), à tout ce que Paris compte d'âmes bien nées et de lecteurs avisés. Au début, c'est parfois un rien abscons, on sent que notre jeune homme a peut-être abusé des colloques de Cerisy et de Tel Quel ... Après, ses addictions changent de nature, l'alcool avant de le tuer le détend, et le romancier en herbe interprète à la perfection son rôle de dandy fitzgéraldien. Tant de facilités n'agaceront que les médiocres. Les autres, Francis Ponge, Eric Neuhoff, Jean Echenoz donc, Philippe Sollers, et surtout son correspondant le plus régulier, Michel Déon, quelques dames aussi, de Paris à la presqu'île de Giens et de New York à la Creuse, accompagnent le meilleur d'entre eux vers ce qu'il faut appeler son destin et un besoin de consolation impossible à rassasier".
¹ Frédéric Berthet, Correspondances : 1973-2003, La Table ronde, 2001
107 - 108
