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Sylvain Ledda, spécialiste de Musset, a conté mardi 30 mai l'itinéraire d'un surdoué de la littérature française

Rédigé par Elizabeth Aucun commentaire
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Les adhérents des Rendez-vous Littéraires présents ce mardi 30 mai ont eu droit à une séance d’une exceptionnelle qualité.

Homme de théâtre tout autant qu’enseignant et chercheur universitaire, Sylvain Ledda a retracé avec brio et passion, l’itinéraire de celui qui fut un surdoué du verbe et du vers.

Élève brillant, poète prodige et prodigue, Alfred de Musset abandonne rapidement les différentes études qu’il entreprend sur les directives de son père (droit, médecine…) pour se consacrer à la littérature....

Merci à Danièle Leblanc, membre du CA des Rendez-vous littéraires, pour cette contribution !

En compagnie de Vigny, dont l’amitié fidèle le soutiendra jusqu’au bout, mais aussi de Gautier ou Mérimée, il fréquente très jeune le «  Cénacle  » de Victor Hugo, lui préférant cependant celui de Charles Nodier, moins formel et plus libre. Il publie son premier recueil de poésie «  Contes d’Espagne et d’Italie  » alors qu’il est à peine âgé de dix-neuf ans. C’est un succès immédiat et éclatant.

Après un premier échec au théâtre avec «  La Nuit vénitienne  » (1830), il renonce à la scène, et choisit d’écrire des pièces destinées à la lecture. Cela donnera «  Spectacle dans un fauteuil  » publié en deux volumes dans lesquels on trouve notamment «  On ne badine pas avec l’amour  », proverbe largement nourri de la relation passionnée entre Musset et George Sand.

Loin d’être l’unique femme ayant compté dans la vie de Musset, George Sand a néanmoins inspiré au jeune poète ses plus beaux vers sur la douleur de l’abandon, la désillusion et la souffrance inhérentes à l’amour.

«  La Confession d’un enfant du siècle  », mêlant fiction et autobiographie, naît dans ce contexte en 1836. Si le titre n’est pas sans évoquer «  Les Confessions  » de Saint Augustin ou encore celles de Rousseau, il se distingue par son ton singulier : pas de rédemption pour le jeune Octave, «  venu trop tard dans un monde trop vieux  », un monde sans Dieu où plane l’ombre de la mort et où le désenchantement est le maître mot.

Fort de son talent de conteur, Sylvain Ledda a ensuite brossé devant nous le portrait du Musset dandy, passant des salons mondains et aristocratiques aux bordels parisiens.

Cette vie de débauche, où l’alcool fait son œuvre de mort, n’est pas sans évoquer la silhouette à la fois torturée, sombre et flamboyante de Lorenzaccio.   

Inspiré de la réalité historique, le sujet est tiré des Chroniques florentines de Varchi. La pièce retrace l’histoire de Lorenzo, meurtrier de son cousin, le tyran Alexandre de Médicis. Lorenzo accomplit sa mission sans atteindre son but réel et se perd en tant qu’individu: « Le vice a été un vêtement, il est maintenant collé à ma peau. » Il finit par choisir la mort, désespérant d’un idéal hors d’atteinte.

Lorenzaccio demeure aujourd’hui un des héros les plus marquants du théâtre français, plusieurs fois joué à Avignon, mais jamais dans sa version longue et initiale, ce que Sylvain Ledda ne désespère pas d’obtenir un jour…

Connu pour son expertise mussétienne, Sylvain Ledda nous a confié avoir été contacté par un collectionneur belge en possession de plusieurs centaines des dessins du poète… Une découverte d’une incroyable richesse où le trait de crayon de Musset, mais aussi son sens de la caricature et de l’autodérision font mouche. Musset se moque de son époque, de ses contemporains, de George Sand, du romantisme et de lui - même…

C’est avant tout le portrait d’un original hypersensible et surdoué, indépendant parmi les romantiques, d’une lucidité tout à la fois désespérée et fantaisiste, que nous a brossé Sylvain Ledda.

L’œuvre théâtrale de Musset traverse le temps: les thèmes abordés trouvant écho dans toutes les modernités successives. Il reste ainsi l’un des auteurs dramatiques français les plus joués.

De santé fragile, mais surtout victime de l'alcoolisme, Musset meurt de tuberculose le 2 mai 1857 à l’âge de 47 ans. Mérimée, Vigny, Gautier et Lamartine assistent à ses obsèques. Il est enterré au Père Lachaise.

Soutenu par Hugo, il avait été élu à l’Académie Française 5 ans auparavant.

 

Avant que la séance s’achève sous des applaudissements nourris et enthousiastes, et avant de nous promettre de revenir aux Rendez Vous Littéraires, peut-être nous parler d’Alexandre Dumas dont il est également spécialiste, notre conférencier a lu, entre autres poèmes,   les vers poignants de «  La Nuit de Décembre  »: le frisson de l’émotion planait sur l’assemblée !

   

Du temps que j’étais écolier,

Je restais un soir à veiller

Dans notre salle solitaire.

Devant ma table vint s’asseoir

Un pauvre enfant vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :

À la lueur de mon flambeau,

Dans mon livre ouvert il vint lire.

Il pencha son front sur sa main,

Et resta jusqu’au lendemain,

Pensif, avec un doux sourire.

Comme j’allais avoir quinze ans

Je marchais un jour, à pas lents,

Dans un bois, sur une bruyère.

Au pied d’un arbre vint s’asseoir

Un jeune homme vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;

Il tenait un luth d’une main,

De l’autre un bouquet d’églantine.

Il me fit un salut d’ami,

Et, se détournant à demi,

Me montra du doigt la colline.

À l’âge où l’on croit à l’amour,

J’étais seul dans ma chambre un jour,

Pleurant ma première misère.

Au coin de mon feu vint s’asseoir

Un étranger vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;

D’une main il montrait les cieux,

Et de l’autre il tenait un glaive.

De ma peine il semblait souffrir,

Mais il ne poussa qu’un soupir,

Et s’évanouit comme un rêve.

À l’âge où l’on est libertin,

Pour boire un toast en un festin,

Un jour je soulevais mon verre.

En face de moi vint s’asseoir

Un convive vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Il secouait sous son manteau

Un haillon de pourpre en lambeau,

Sur sa tête un myrte stérile.

Son bras maigre cherchait le mien,

Et mon verre, en touchant le sien,

Se brisa dans ma main débile.

Un an après, il était nuit ;

J’étais à genoux près du lit

Où venait de mourir mon père.

Au chevet du lit vint s’asseoir

Un orphelin vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs ;

Comme les anges de douleurs,

Il était couronné d’épine ;

Son luth à terre était gisant,

Sa pourpre de couleur de sang,

Et son glaive dans sa poitrine.

– Ami, notre père est le tien.

Je ne suis ni l’ange gardien,

Ni le mauvais destin des hommes.

Ceux que j’aime, je ne sais pas

De quel côté s’en vont leurs pas

Sur ce peu de fange où nous sommes.

Je ne suis ni dieu ni démon,

Et tu m’as nommé par mon nom

Quand tu m’as appelé ton frère ;

Où tu vas, j’y serai toujours,

Jusques au dernier de tes jours,

Où j’irai m’asseoir sur ta pierre.

Le ciel m’a confié ton cœur.

Quand tu seras dans la douleur,

Viens à moi sans inquiétude.

Je te suivrai sur le chemin ;

Mais je ne puis toucher ta main,

Ami, je suis la Solitude.

 


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