🔖 Alain Wagneur : Djoliba, fleuve de sang (éditions Actes Sud, 2010)
Alain WAGNEUR
Djoliba, fleuve de sang, ACTES SUD, 2010
Deuxième partie, Bamako
Chapitre 27
"Arrivé à l'avenue, Richard arrêta un taxi, une R 9 au parebrise fissuré et à la porte du conducteur fermée par une ficelle. Il discuta le prix de la course parce que le type lui demandait le double du prix indiqué par le patron de l'hôtel comme étant le tarif normal d'une course. Ils s'entendirent pour mille CFA et Richard embarqua dans la bagnole qui n'avait plus d'amortisseurs, qui n'avait plus grand-chose d'une voiture à vrai dire, mais tout de même un moteur, des roues, un arbre de direction et un volant et ça suffisait bien comme ça. A se demander pourquoi là-haut, dans le Nord, très au nord, on faisait tant d'histoires avec les contrôles techniques. Le taxi entra dans les remous d'une circulation bouillonnante et colorée, euphorisante. Et s'imposa à l'esprit du flic le titre d'un livre de René Dumont que leur avait conseillé Claude Parvillier lors d'un de ses cours : L'Afrique noire est mal partie. Et Parvillier leur avait répété la réponse de Senghor : « L'Afrique noire est peut-être mal partie ... Il n'empêche, elle est partie. »
Et c'était vrai. Le chauffeur toussait, la Renault brinquebalait mais, cahin-caha, ça avançait. Ils étaient arrivés sur le pont des Martyrs, franchissaient le Niger. Oui, le Niger ! Et c'était autre chose que la Seine ou la Gironde, le Niger. Presque aussi bien que l'Oubangui en tant qu'évocation de grands voyages exploratoires, appel à toutes les rêveries d'exotisme. Le Niger donc, très large et bordé sur sa rive d'une tentative de skyline.
Le fleuve franchi, ils pénétrèrent dans la ville par le square Patrice-Lumumba, un martyr de la cause africaine et qui rappelait à Zamanski des photos dans les journaux et des reportages télé de sa petite enfance."
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