PROGRAMMATION 2026

 

(sous réserve de modifications)

https://royanlitteraire.fr – tel 0986756288

 

 

 

 

 

 

_______________________________________________________________________________________

🔖 Alain Wagneur : Hécatombre-les-bains (éditions Babel Noir, 2008)

Rédigé par webmestreRL Aucun commentaire
Classé dans : bonnes feuilles Mots clés : aucun

Alain WAGNEUR

HECATOMBE-LES-BAINS, Babel Noir, 2008

 

          « Blainville était organisée à partir du front de mer d'où partaient deux axes principaux allant vers le marché et la gare. C'est ce qu'expliquait le dépliant touristique que Zamanski avait pris à l'accueil de l'hôtel. La ville avait été détruite pendant la guerre mais grâce au dynamisme de ses habitants elle s'était bien vite relevée de ses ruines pour devenir une station balnéaire moderne ouverte à la jeunesse et au monde. En effet Blainville s'était dotée d'un centre d'apprentissage des langues (le CIEL pour centre international d'étude des langues) où jeunes et moins jeunes de tous les pays d'Europe venaient s'initier ou se perfectionner dans la pratique des langues étrangères. Cette ouverture aux autres pays s'exprimait également par les nombreux jumelages, avec Eiligstadt en Allemagne, Strenton-on-Tyne en Angleterre, Olivenza en Espagne et Poltava en Ukraine.

          Le front de mer était constitué de deux longs bâtiments disposés en arcs de cercle. Le dessin des pilastres supportant une coursive située à l'étage et peinte en rouge vif pouvait évoquer une composition de Piet Mondrian, c'est ce que disait le dépliant.

          Une composition à la Mondrian ? Façon de dire que l'ensemble était géométrique à l'excès, systématique, et froid. Les rez-de-chaussée étaient occupés par une tout aussi ennuyeuse succession de magasins de souvenirs, de mode balnéaire et de restaurants offrant des formules touristiques, plateaux de fruits de mer, pizzas et bavettes à l'échalote. Il y avait aussi deux cinémas qui participaient à l'impérialisme culturel américain en version française. La plupart des magasins étaient fermés mais quelques restaurants servaient de rares dîneurs.

          C'était donc ça la perche que lui avait tendue le camarade Delarive. Zamanski allait devoir faire avec. La nuit était tombée. Soudain, seul au milieu du trottoir, devant une boutique aux vitrines aveuglées, il se sentit perdu. Un haut-parleur diffusait du bruit genre NRJ. Un jeune couple en escapade amoureuse le dépassa. Zamanski ne savait plus quoi faire. Personne à voir, nulle part où aller sinon cette chambre d'hôtel où ne l'attendait même pas le sommeil. Il pensait à Véra. Là où elle était, elle aussi devait se sentir bien seule, elle devait avoir froid, le froid des morts. Lui, il se sentait vide, un vide atroce. Il entra dans une brasserie pour tenter de le combler. »

146 - 147

 

Les commentaires sont fermés.