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☕ 29 mai 2012 : 12ème séance des rendez-vous littéraires de Royan

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Classé dans : les rendez-vous Mots clés : aucun

          Beauvoir - Sartre, le défi du couple libre : chimère douloureuse ou victoire de l'esprit, invité : René Rampnoux, auteur de "Sartre, pas à pas",

 

 

 

René RAMPNOUX

SARTRE

                                                              Pas à Pas

Beauvoir Sartre : le couple libre

          …Toutefois, le temps des étreintes fut celui du triolisme aussi, impliquant des jeunes filles qui n'en sortirent guère indemnes. Pour Jacques Lacan, le psychanalyste de Bienenfeld¹, Sartre et Beauvoir avaient entretenu une relation quasi parentale avec Bianca Bienenfeld, et le traumatisme de cette dernière était dû en partie à ce qu'ils avaient brisé le tabou de l'inceste en couchant avec elle" (Hazel Rowley);

          Comme pour tout un chacun, il y a loin de l'idéal  énoncé aux actes réels. A son secrétaire Jean Cau (1925-1993, écrivain, prix Goncourt, journaliste et scénariste) qui lui demande : "Mais comment faites-vous pour vous en sortir ?" Sartre lui répond : "Je mens à toutes." "Même au Castor ?" Sartre sans hésiter  : "Surtout au Castor !   Jean Cau insiste : "Vous mentez ? Même au Castor ! Vous, le philosophe de la transparence ? Sartre lui répond : "Il y a des situations où l'on est obligé de s'inventer une morale provisoire" (cité par Michel-Antoine Burnier). Beauvoir se confie à la femme de Raymond Queneau : "Je lui permets ça [ses liaisons] comme de fumer une cigarette." Elle va admettre et faciliter la liaison de Sartre avec son interprète russe, dans une complicité généreuse, quasiment veule : "Si je meurs, je veux que Léna me remplace auprès de vous, qu'elle soit à la fois elle et moi, et que vous quittiez toutes ces petites vieilles qui vous empoisonnent l'existence !" Beauvoir se fait la chroniqueuse sans relâche des amours de Sartre : La Force de l'âge, La Force des choses, Tout compte fait, La Cérémonie des adieux, L'Invitée. Elle est comme un des "témoins sourcilleux qui ne [lui] passent rien". Mais tout est édulcoré. Elle expose quelques noms de maîtresses de Sartre mais la réalité et son rôle sont autres. Par son mépris : "Parlez-moi longuement des lettres de Wanda ; maintenant qu'elle est là, ça m'amuse" (Lettres à Sartre). Une relation faite de critiques intellectuelles comme de défense  inconditionnelle. Une sorte d'épouse permanente et affichée, à côté des passantes sans importance : une répartition bien conventionnelle sous des habits neufs ou un défi aux délabrements du temps causés à l'amour ? Lorsque la menace de la guerre engendre de la gravité, il écrit : "Quoi qu'il arrive et quoi que je devienne, je le deviendrai avec vous" (Lettres au Castor).

          Simone de Beauvoir vit une passion intense avec l'écrivain américain Nelson Algren. Si le parallélisme de leur vie est cette fois étonnant, la solidité de leurs liens également. Lorsque Algren lui demande de rester vivre aux Etats Unis avec lui et de l'épouser, elle refuse : "Je vous aime mais est-ce que je mérite votre amour puisque je ne vous donne pas ma vie ?" Ou encore : "Sartre a besoin de moi. Je suis sa seule véritable amie, la seule qui le comprenne vraiment, l'aide vraiment, travaille avec lui, lui apporte paix et équilibre." Simone de Beauvoir lui donne les plus belles preuves de confiance : "D'une manière plus générale, je savais qu'aucun malheur ne me viendrait jamais par lui,  à moins qu'il ne mourût avant moi" (La Force de l'âge). Ils ont conclu là une alliance à vie qui se ferme par les derniers mots de Sartre agonisant : "Vous êtes une bonne petite épouse. » …

Éditions ellipse,  2011, p. 46 - 47

 

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