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đŸ‘„ Ă©crire pour l'Ukraine đŸ‘„ "Ukraine
 avant
 aprĂšs ?" ✎ Allain Glykos

Rédigé par webmestreRL Aucun commentaire
Classé dans : écrire pour l'Ukraine Mots clés : aucun
 
Ukraine… avant… après ?
 
 
Il y a cent ans, sur les bords de la mer Égée, 1 500 000 Grecs, hommes, femmes et enfants, fuyaient les troupes ottomanes qui avaient décidé de « nettoyer » leur territoire de toute présence chrétienne. 
 
Purification. 
 
« Vous n’êtes pas chez vous !» hurlaient les porteurs d’armes à ceux qui n’avaient que leurs mains et leurs yeux pour pleurer. 
 
Massacres, viols, déportations furent pendant des semaines le lot de ce peuple martyrisé sous le regard « neutre » des alliés occidentaux dont les navires militaires mouillaient au large de la côte dentelée de l’Asie mineure. Il ne fallait pas trop affaiblir ce qui allait devenir la Turquie moderne, afin d’éviter une extension dangereuse de l’Union soviétique, quitte à sacrifier les populations grecques qui vivaient là depuis des siècles. 
 
Les «Alliés » se contentèrent alors de récupérer en catastrophe les malheureux qui fuyaient sur des embarcations de fortune. 
 
Première opération humanitaire du XXème siècle. Arrangements avec la mauvaise conscience.
 
Mon père avait alors 7 ans lorsqu’il vécut ce désastre et l’assassinat de son propre père. 
 
Il n’est plus là aujourd’hui pour assister près de moi, impuissant, au spectacle d’horreur qui se déroule quotidiennement sur nos écrans et qui semble si réel qu’on ne parvient pas à y croire même quand on se frotte les yeux. Me donnerait-il la main pour ne pas me perdre, comme l’avait fait sa grand-mère ? Pleurerait-il comme il avait pleuré quand les Serbes massacraient les Bosniaques de Srebrenica ou les Albanais de Sarajevo, quand les Hutus exterminaient les Tutsis à la machette, quand les Russes détruisaient Grozny et Alep, quand les Américains laissaient l’Irak à son chaos, les femmes afghanes aux mains des Talibans ? Des noms me reviennent : Saint-Barthélemy, Oradour sur Glanes, Mý Laï, Sabra et Chatila. 
 
Aujourd’hui Kiev, Marioupol, Odessa… Alors j’ai pris le témoin qu’il m’a tendu : un petit sac de larmes dont je ne parviens pas à défaire le lacet de cuir qui le maintient fermé.
 
La monstruosité assèche toute effusion et laisse place à la colère, à l’indignation, à la honte d’être humain. La peur aussi de devenir un monstre comme les humains. 
Le plus beau coin de paradis, disait mon père, un jour au bord de la mer Égée, peut en quelques minutes devenir un enfer. Les flots peuvent virer du bleu au rouge, les cadavres joncher les champs de blé, les vautours remplacer les hirondelles.
 
Et puis un jour, il a décidé de mourir, pour ne pas voir la suite. Inutile que je reste, m’a-t-il dit, je la connais. Il pleuvra de nouveau des bombes sur les villes, des femmes et des enfants fuiront, des hommes tueront, mourront. « Allez, à la prochaine ! » diront les survivants. Et puis de nouveau un oubli silencieux et cynique s’abattra sur le monde. 
 
Allain Glykos, avril 2022
 

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